L'aller-vers — à la rencontre des invisibles

Comment nous sortons de nos bureaux pour aller au-devant des personnes les plus éloignées de l'emploi. Notre philosophie, notre posture et nos pratiques concrètes : porte-à-porte, déambulation, partenariats, accueil inconditionnel.

📖 De quoi parle cette page ?

Cinq grands volets : faire face à la non-demande, ancrer la présence au cœur des quartiers, construire une posture de « voisin » plutôt que d'institution, déployer concrètement différentes modalités de rencontre, et accueillir inconditionnellement dans les bureaux.

Le fil rouge : proposer sans imposer, faire passer la relation avant la prestation, et développer le pouvoir d'agir des personnes rencontrées.

1. Faire face à la non-demande

Dans les quartiers où nous sommes implantés, le non-recours au service public de l'emploi est élevé. Plusieurs facteurs l'expliquent :

Du côté des institutions : les procédures se multiplient, la dématérialisation s'accélère, et les moyens humains manquent. Les services sont saturés. (Source : Olivier Legros.)

Du côté des bénéficiaires, les blocages sont multiples. Le tableau ci-dessous les recense :

🧭 Guide de lecture

Ces 7 situations expliquent pourquoi des personnes pourtant éligibles ne sollicitent jamais les services d'accompagnement. Les identifier permet d'adapter la posture et le discours de l'aller-vers à chaque profil rencontré.

Les raisons de la non-demandeDiscours types du bénéficiaire
Manque d'information« Je ne sais pas que le PLIE et France Travail sont disponibles au centre social. »
Priorité à la survie« Je ne sais pas où je dors ce soir, c'est ma priorité. »
Raisonnement de type coût/bénéficeRefus d'aller dans un dispositif car trop contraignant.
Stigmatisation« Je ne suis pas un cas social. »
Hyper-individualisme« Je vais m'en sortir tout seul comme un grand. »
Perte de confiance en soi, en l'autre et en l'avenir« J'ai déjà tout essayé. »
Syndrome d'auto-exclusion« Je ne suis plus une personne. »

Nous reprenons volontiers l'image du dernier kilomètre — empruntée au secteur de la logistique et citée dans le rapport du Conseil d'État (7) — pour définir notre action.

Pour franchir ce dernier kilomètre, les logisticiens distinguent deux stratégies : les points relais de proximité et la livraison à domicile.

Massajobs se veut à la fois point relais de proximité — en s'installant dans la zone de vie des habitants pour y être présent au quotidien — et service d'aller-vers, en se déplaçant sur le terrain, parfois jusqu'au domicile des personnes, pour initier les premières rencontres. Notre action s'ancre dans cette volonté d'aller vers les personnes.

2. Un ancrage au cœur des quartiers pour être visible et créer la confiance

Le guide de capitalisation du ministère du Travail Repérer les « invisibles » (6) l'explique :

On parle de publics « invisibles » parce qu'ils évoluent en dehors des radars des acteurs publics de l'emploi, en marge de dispositifs d'accompagnement auxquels ils pourraient pourtant prétendre.Guide Repérer les invisibles (6)

Ici, les radars sont ceux des acteurs publics — pas des habitants eux-mêmes.

Massajobs a choisi d'être accueilli par des structures de terrain pour renverser cette logique des habitants qui seraient sous le contrôle de l'État. Le fait d'être accueilli dans une structure de terrain fait que nous rentrons « dans les radars des habitants ». Nous voulons nous rendre visibles des habitants pour qu'ils puissent ensuite nous solliciter.

Notre démarche s'inscrit dans une durée délibérément ouverte, sans date de fin fixée — ni pour nos implantations, ni pour nos accompagnements. L'objectif : construire une relation de confiance durable avec les habitants.

Concrètement, un ou deux rendez-vous peuvent parfois suffire. Dans d'autres situations, l'accompagnement peut s'étendre sur plusieurs années — selon les besoins exprimés par la personne. Ce cadre souple nous permet de répondre au plus juste aux demandes de chaque personne.

Nous souhaitons être présents chaque jour de la semaine. Nos horaires d'ouverture s'adaptent aux contraintes de chaque public : lycéens, étudiants, parents sans mode de garde…

Nous avons aussi à cœur de nous inscrire durablement dans chaque territoire. La structure de nos financements ne fixe d'ailleurs aucune limite de durée à nos présences. En 2024, nous avons célébré 10 ans de présence dans le quartier des Lauriers et 5 ans à la Belle de Mai.

C'est par cet enracinement que nous devenons abordables et disponibles pour toutes les personnes qui fréquentent le quartier. Notre présence se matérialise par un unique lieu d'accueil dans chaque quartier.

3. Un camp de base pour excursionnistes

Aller-écouter les « inaudibles »

Le terme « invisible » renvoie à la vue — un sens qui permet de maintenir une certaine distance. L'ouïe, elle, exige la proximité. Pour bien écouter, il faut être près de celui qui parle.

On peut être inaudible pour plusieurs raisons : la distance physique, la maîtrise insuffisante de la langue, ou simplement le manque de clarté dans l'expression.

Ces difficultés, nous les rencontrons aussi dans notre quotidien. Être présent ne suffit pas : il faut se rapprocher, aller vers ceux qui ne font plus appel aux services publics pour être accompagnés vers l'emploi.

Nous voulons aussi être à l'écoute de ceux qui n'ont pas de demande — ou ne l'expriment pas. Comme le formule Roland Janvier (1), il s'agit d'écouter « le silence » de la non-demande, pour comprendre ce qu'il dit des relations que ces personnes entretiennent avec la société et les institutions.

Sortir de nos chemins battus

Aller-vers, c'est une expérience à vivre, une expérience qui fait quitter les rives de ses conforts professionnels pour se laisser porter dans le courant de la relation.Roland Janvier (1)

Sortir de notre confort, c'est aller à la rencontre du monde de l'autre — de l'altérité que représente chaque personne. Ce confort, ce sont nos croyances, nos certitudes et nos convictions sur ce qui serait bon pour les personnes que nous accompagnons.

Quitter ce confort, c'est apprendre à mieux connaître le quartier — ses contraintes, ses atouts, ses cultures et ses modes de fonctionnement.

Roland Janvier (1) va plus loin :

Aller-vers, c'est faire un pas de côté, un pas vers l'autre qui va nous faire dévier de notre trajectoire programmée. Car il s'agit bien d'aller rejoindre l'autre là où il est, là où il ne nous attend pas forcément.Roland Janvier (1)

L'idée est double : quitter notre confort, et créer la surprise du côté de celui qu'on va trouver. Il ne nous attendait pas là, dans sa sphère privée. Cela exige une grande délicatesse pour qu'il ne se sente pas agressé.

Mais cette rencontre va aussi le « provoquer » — proposer quelque chose d'inédit. Notre présence va nécessairement lui faire changer de position. Aller-vers, c'est déjà provoquer du mouvement, du changement. Ce mouvement trouvera son plein sens dans la démarche d'accompagnement que nous proposons ensuite.

Créer les conditions d'une demande d'accompagnement possible

Être vraiment à l'écoute de l'autre, c'est lui garantir qu'une personne prendra au sérieux ce qu'il parvient à extérioriser. Cette écoute nous engage : nous devenons dépositaires de ce qui nous est confié.

La stratégie nationale de lutte contre la pauvreté définit l'aller-vers comme une démarche permettant de toucher ceux qui n'ont pas de demande. Cyprien Avenel (2) le formule ainsi :

L'aller-vers se révèle une posture aussi nécessaire que paradoxale : Comment aller vers une personne qui ne demande rien ? Le positionnement subtil serait de parvenir à établir une relation de confiance de sorte que la personne puisse passer d'une situation de non-demande à la formulation d'une demande.Cyprien Avenel (2)

Nous créons un espace où la demande peut — ou non — s'exprimer. L'aller-vers est avant tout une démarche d'ancrage dans un territoire : le connaître, évoluer avec lui. Ce n'est qu'ensuite qu'elle devient, éventuellement, une démarche de « prospection » de nouveaux bénéficiaires.

Nous souhaitons que notre aller-vers permette à certains d'oser faire une demande — c'est-à-dire de reconnaître qu'ils ont besoin d'un autre pour atteindre ce qui compte pour eux. Cela demande une grande délicatesse : nous voulons créer un espace où la demande est possible, sans jamais fabriquer des demandes artificielles. Dans notre aller-vers, nous rencontrons aussi des personnes qui n'ont tout simplement pas de demande — parce qu'elles travaillent déjà, qu'elles sont à la retraite…

Une demande d'aide suppose un engagement plus profond dans la relation. En demandant de l'aide, je dévoile une part de ma vulnérabilité, je m'en remets à l'autre, je lui donne une partie de moi-même.

Tout l'enjeu sera ensuite de leur restituer ce qu'ils nous ont confié — pour qu'ils retrouvent la pleine possession de leurs moyens. Nous cherchons à développer le pouvoir d'agir de chaque personne rencontrée, à lui redonner confiance dans ses capacités à agir sur ce qui compte pour elle et pour ses proches.

Cette pratique d'aller-vers est indissociable de l'intention de redonner le pouvoir à la personne rencontrée. Sans quoi, nous risquons de reproduire les postures de contrôle social — bien documentées par Yann Le Bossé (8) et Roland Janvier (1). Comme le souligne Cyprien Avenel (2), l'émergence de l'aller-vers, c'est :

L'émergence d'un nouveau modèle d'intervention sociale qui cherche à s'imposer, plus participatif, collectif et transversal, conduisant à investir des modèles d'accompagnement et de développement du pouvoir d'agir.Cyprien Avenel (2)

Dans la suite de cet ouvrage, nous traiterons du travail de la demande dans la section pratique.

4. Concrètement, être présent chez Massajobs

Une institution au service de l'aller-vers

« Il nous faut voir comment l'institution vient au soutien de la relation, de la démarche de l'aller-vers. » Roland Janvier (1) souligne ainsi la nécessité pour les travailleurs sociaux de se « convertir » à cette démarche — mais aussi pour les institutions de la soutenir fermement et d'évoluer dans leurs modes de fonctionnement.

À Massajobs, « être présent » et « aller-vers » sont inscrits dans l'identité même de l'association. Héritier de l'association Massabielle — dont la présence et l'aller-vers sont un des piliers — Massajobs a reçu en héritage cette volonté de s'ancrer dans le quartier.

Le document fondateur de Massajobs le formule ainsi :

Massajobs fait partie de ces acteurs de l'insertion implantés au cœur des quartiers en difficulté, ce qui est une spécificité appréciée des personnes accompagnées pour la confiance qu'ils accordent à la structure, mais aussi des financeurs et partenaires. En permettant d'appréhender au mieux la réalité de ces habitants, la présence de Massajobs au cœur de ces quartiers nourrit la posture d'accompagnement. Le lien est renforcé grâce à l'accueil quotidien (« recevoir ») autant que par les visites faites aux habitants du quartier (« aller-vers »), qui sont nécessaires pour faire vivre la relation de confiance établie. C'est le lien de confiance avec les habitants du quartier, tissé par des visites, une présence quotidienne, et un accueil entre voisins, qui permet ensuite d'aborder le sujet du travail ou du projet professionnel comme vecteur spécifique d'accompagnement des personnes.Document fondateur de Massajobs

Cela se traduit concrètement par des plages hebdomadaires dédiées à l'aller-vers dans l'agenda des révélateurs de talents. Massajobs a également formalisé des bonnes pratiques :

  • Le fonctionnement en binôme — pour la sécurité des personnes, pour que la rencontre soit multiple dès le départ (et non exclusive), et pour se relayer dans une activité parfois énergivore.
  • Une tenue correcte et neutre.
  • Des espaces de relecture éventuels, intégrés dans la logique d'accompagnement interne des équipes.

Massajobs a également intégré les compétences de l'aller-vers dans son référentiel de compétences, et construit un module de formation spécifique pour les nouveaux entrants.

Quelques éléments sur la posture

L'objectif du révélateur de talents est de créer une rencontre de personne à personne.

Comme l'indique Charles Pépin (3), il s'agit d'accueillir le fait que « rencontrer quelqu'un, c'est être bousculé, troublé ». L'auteur distingue deux possibilités : se croiser, ou se rencontrer.

Une singularité peut très bien en croiser une autre sans être troublée : c'est alors la preuve qu'il n'y a pas de rencontre, mais simplement un croisement.Charles Pépin (3)

Aller-vers, c'est assumer le risque d'être déséquilibré, transformé par l'autre. Mais si nous avons des appuis solides, nous ne tombons pas quand nous sommes bousculés. L'aller-vers exige donc un mélange de confiance en soi et d'ouverture à l'autre.

L'institution qui pratique l'aller-vers doit en avoir conscience pour permettre à ses salariés de vivre cela dans la confiance. À Massajobs, les espaces de relecture collective et les échanges individuels avec un référent accompagnement sont là pour nourrir cette confiance.

Parce que nous sommes ancrés dans un quartier, nous ne sommes pas une institution de passage — nous sommes des voisins. Nous arpentons le même espace : eux parce qu'ils y vivent, nous pour y travailler. C'est ce voisinage qui crée les conditions de la rencontre — « se heurter à un autre sur son chemin » (Charles Pépin (3)).

C'est pourquoi nous nous présentons d'abord comme voisins — en donnant notre prénom avant de mentionner Massajobs.

La rencontre se fait de personne à personne : nous assumons la part de subjectivité que chaque révélateur de talents y apporte. Pour se rencontrer, il faut se donner — et quoi de mieux que de donner ce avec quoi on est à l'aise ? Nous invitons donc chacun à proposer ce qui lui semble juste et qui traduit qui il est, sans s'appuyer d'abord sur un discours ou une méthode pré-construite.

Conscients de l'exigence de cet idéal, nous proposons dans la suite des repères — non des règles — que chacun est invité à s'approprier. Ces recommandations n'empêchent pas, bien au contraire, la personnalisation de la relation.

L'idée, dans nos démarches d'aller-vers, est de proposer sans imposer — comme le formule Alexandra Clavé-Mercier (4). Nous allons sur le terrain en nous détachant de toute logique de résultats, de « transformation de prospect à client ».

Nous aimons la formulation de Thierry des Lauriers (5) : La relation avant la prestation. Nous assumons parfois de « perdre notre temps » en visite — rester 30 minutes avec une personne qu'on ne reverra peut-être jamais.

Nous voulons enfin prendre le temps — et nous en donner — dans notre démarche d'aller-vers.

Prendre le temps, c'est être fidèle à nos plages horaires dédiées à l'aller-vers, pour que la confiance se construise par la répétition de nos présences.

Nous donner le temps, c'est accueillir la temporalité de chacun : untel ne veut pas nous recevoir aujourd'hui, untel n'est pas encore prêt à franchir la porte de nos bureaux.

5. Les différentes modalités d'aller-vers

Les facteurs clés de succès

  • La fidélité et la régularité dans les démarches d'aller-vers — pour que les habitants prennent l'habitude de croiser nos équipes sur le terrain et se sentent en confiance.
  • De l'endurance pour tenir dans le temps, car c'est une démarche exigeante en énergie pour les révélateurs de talents.
  • Une préparation en amont avec les autres acteurs du territoire — pour éviter la concurrence et s'appuyer sur les forces déjà en place.
  • Des équipes formées, accompagnées, soutenues pour tenir dans la durée.
  • De l'adaptabilité à chaque territoire : chaque quartier est unique et fonctionne à sa manière. Les révélateurs de talents doivent prendre le temps d'analyser et de comprendre ce qui fonctionne sur leur terrain.

Typologie des modalités

🧭 Deux grandes familles d'approches

Nous distinguons le contact direct (sans intermédiaire) et le contact indirect (via un proche ou un partenaire). En nous appuyant sur le guide de capitalisation du ministère du Travail (6), nous classons les pratiques ainsi :

👥 Les approches directes
  • Usage des réseaux sociaux
  • Repérage des publics avec un camion, bus ou véhicule aménagé
  • Repérage lors d'événements culturels, sportifs ou festifs
🤝 Les approches indirectes
  • Utilisation d'un tiers-lieu
  • Repérage via des acteurs de proximité
🔀 Les approches hybrides
  • Maraudes dans les espaces publics
  • Porte-à-porte

La personne qui nous ouvre n'est pas toujours celle qui formulera une demande — il s'agit souvent d'un proche. Exemple : une maman qui en parlera à son fils, lequel nous contactera pour être accompagné.

Le porte-à-porte et la déambulation

Typologie des visites

🧭 Guide de lecture

Chaque type de visite correspond à une intention différente. Identifier laquelle guide le discours, l'écoute et le niveau d'engagement attendu de part et d'autre.

Type de visiteIntentionPoint d'attention
Nouvelle rencontre des habitants Rencontrer et écouter les personnes. Se faire connaître personnellement et institutionnellement. Identifier des personnes isolées qui auraient besoin d'aide. Dire simplement qui nous sommes. Ne pas se précipiter dans l'apport de solutions mais prendre un temps d'écoute. Ne pas promettre de solutions miracles, mais proposer des mises en relation si possible. Si nous fonctionnons de manière systématique (en frappant à toutes les portes), l'expliquer pour que la personne comprenne la démarche.
Prises de nouvelles d'une personne déjà rencontrée Maintenir le lien. S'imprégner de la vie quotidienne du quartier. Veiller à la fréquence entre deux visites : ni trop rapprochée, ni trop espacée.
Proposition concrète Proposer à l'habitant un événement ou l'accès à une ressource qui semble pertinent pour lui. Ne pas oublier de prendre un temps pour construire la relation — nous ne sommes pas des distributeurs de solutions. Toujours proposer sans imposer.

Comment se passe la première rencontre ?

Pour les premières rencontres, la règle d'or est la simplicité. Commencez par signaler que vous ne souhaitez pas déranger, et que vous pouvez revenir à un meilleur moment si besoin.

L'accent doit d'abord être mis sur la personne qui rend visite, plutôt que sur l'institution. La rencontre se fait de personne à personne.

Voici une suggestion de discours :

Je suis Paul, un voisin — je travaille dans le quartier pour [telle structure] qui accompagne les habitants vers l'emploi. Nous venons à votre rencontre pour mieux vous connaître et mieux connaître le quartier. Avez-vous quelques minutes à nous accorder ?
🛠️ Questions pour amorcer la relation
  • Depuis combien de temps êtes-vous dans la ville ? Dans le quartier ?
  • Quel est l'endroit de la ville que vous aimez particulièrement ?
  • Que faites-vous quand vous n'êtes pas au travail ?
🛠️ Questions pour approfondir et mieux connaître la personne
  • Cela fait combien de temps que vous habitez là ? Où étiez-vous avant ?
  • Quelles sont les différences entre vos précédents lieux d'habitation et ici ?
  • Qu'est-ce qui a changé depuis que vous habitez là ?
  • Vous faites quoi dans votre quotidien ?
  • Est-ce que vous travaillez ? Dans quel domaine ?
  • Quelqu'un dans votre entourage est en recherche d'emploi en ce moment ?
  • Quelqu'un dans votre entourage pourrait être intéressé par nous rencontrer ?

Lors de ces rencontres, plusieurs scénarios peuvent arriver.

🧭 Guide de lecture

Ce tableau recense les réactions les plus fréquentes lors d'un porte-à-porte et les préconisations associées. L'objectif est de rester souple et de ne jamais forcer la relation.

Réaction de la personneQue faire ?
Refus : la personne ne veut pas ouvrir ou ne veut pas discuter Demander s'il est possible de passer à un moment plus opportun. Si non, s'excuser d'avoir dérangé. Ne pas forcer, ne pas s'imposer.
La personne profite de votre présence pour se plaindre de sa situation L'écouter sans prendre parti. L'interroger sur ce qu'elle souhaiterait voir changer. Lui proposer une mise en relation avec des partenaires. Savoir prendre congé avec délicatesse.
L'échange se fait naturellement En profiter. Demander si l'interlocuteur pense à d'autres personnes que nous pourrions rencontrer.
La personne est intéressée pour une rencontre plus approfondie Valider si elle souhaite prendre rendez-vous maintenant ou préfère un délai de réflexion. S'assurer d'un échange de contact fiable pour communiquer après cette première rencontre.

Quelques conseils très pratiques

💡 Conseils pratiques pour le porte-à-porte
  • Se présenter par son prénom quand on frappe à la porte.
  • S'il y a un œilleton, se rendre visible et sourire — pour que la personne ait envie d'ouvrir.
  • Pour les guetteurs et les jeunes impliqués dans le trafic : être transparent et clair sur la démarche et aller les saluer régulièrement.
  • Quand un bon contact est établi, demander qui on peut aller voir de sa part — la recommandation et le bouche-à-oreille multiplient les rencontres.

Précisions sur la déambulation

La déambulation, c'est marcher dans le quartier et rencontrer les personnes présentes sur notre passage. C'est la forme d'aller-vers la plus visible — et donc celle qui, pratiquée le plus régulièrement possible, nous permet d'être bien identifiés par les habitants.

Certains lieux sont particulièrement propices à la rencontre : les places, les sorties d'écoles, les arrêts de bus, et les lieux de vie du quotidien — pharmaciens, boulangers, restauration rapide… Ce sont des lieux à privilégier.

Dans notre déambulation, toute personne vaut la peine d'être saluée et rencontrée. Même si elle ne semble pas en recherche d'emploi, elle connaît peut-être quelqu'un qui n'a pas encore accès à un service d'accompagnement — et qui pourrait être intéressé. Par exemple : la maman d'un « gamer », un jeune qui reste chez lui et joue aux jeux vidéo une grande partie de son temps.

Comment s'organise-t-on ?

Les horaires doivent être choisis en fonction du public visé — choisissez les créneaux où vos interlocuteurs sont présents et disponibles. Par exemple, certains adultes sont moins disponibles entre 11h30 et 12h30 (heure du déjeuner). Les jeunes de 16 à 25 ans sont souvent plus disponibles en fin de journée ou en soirée. La démarche d'aller-vers peut donc nécessiter une certaine souplesse organisationnelle.

La démarche d'aller-vers est exigeante : elle demande de sortir de ses habitudes, d'être en mouvement, d'être ouvert à l'autre. Elle peut paraître longue et fastidieuse au début — d'autant que ses résultats sont difficiles à mesurer à court terme. Voici quelques éléments pour tenir dans la durée :

  • Planifier des séances d'aller-vers à l'avance et les intégrer comme un incontournable de votre travail.
  • Si vous n'avez pas l'énergie pour faire du porte-à-porte : faites au moins le tour du quartier pour vous rendre visible.

Nous recommandons de réaliser les démarches d'aller-vers en binôme : être deux assure la sécurité de chacun. La mixité des profils est un atout — elle multiplie les chances de créer un lien avec la personne rencontrée. Cette mixité peut être de genre, d'origine sociale, d'âge. Par exemple, pour certaines femmes seules à la maison, il est plus facile d'ouvrir lorsqu'une femme frappe à la porte.

Le café

Il s'agit de proposer un café ou d'autres boissons chaudes aux habitants sur un lieu de passage — le chemin de l'école ou du travail le matin, par exemple. C'est une façon simple de se rendre visible et de montrer que Massajobs prend soin des habitants. Cette attention est souvent très appréciée. Une des limites de cette modalité est que les personnes sont fréquemment pressées et que l'échange est généralement de courte durée. Le café est à mixer avec d'autres pratiques d'aller-vers.

Le travail partenarial et les relais

Les associations que fréquentent les habitants du quartier peuvent également permettre de faire de belles rencontres. Il est important de rencontrer les acteurs déjà présents sur le territoire, de bénéficier de leur expérience et de leur expertise de terrain. L'objectif est de favoriser la complémentarité plutôt que la concurrence. Une posture d'humilité s'impose lors de ces premières rencontres.

Dans un deuxième temps, ces partenaires pourront orienter des personnes vers votre institution en fonction de leurs besoins — et réciproquement.

Nous invitons à créer des partenariats avec les acteurs du terrain pour les impliquer dans les démarches d'aller-vers et démultiplier les points de contact. Avant d'entamer cette démarche, il est essentiel de s'accorder sur les intentions et les postures que l'on souhaite adopter. Plus nous multiplions les points de contact possibles avec les personnes les plus éloignées de l'emploi, plus nous aurons de chances de les toucher.

Les habitants relais peuvent être assimilés à des partenaires. Il s'agit de « figures du quartier » qui ont un grand nombre de relations de confiance dans le quartier. L'important est de prendre particulièrement soin de cette relation en étant le plus fidèle possible.

L'aller-vers les entreprises locales

La démarche d'aller-vers les entreprises locales est un moyen efficace de faire connaître son action et d'identifier des opportunités d'emploi pour les personnes accompagnées. Elle concerne toutes les entreprises ayant des locaux sur le territoire d'implantation — la taille n'est pas un critère. L'idée est d'aller chercher tout le vivier local d'emploi.

Le facteur clé de la visite d'entreprise — comme pour les visites d'habitants — est d'envisager la rencontre de personne à personne, et non d'institution à institution.

Voici un exemple de présentation :

Bonjour, nous sommes Pierre et Paul, et nous travaillons dans le quartier. Nous allons à la rencontre des habitants et des acteurs locaux pour mieux connaître le territoire. Nous accompagnons des personnes vers l'emploi — et si nous croisons des besoins qui correspondent de part et d'autre, nous pouvons les mettre en relation. Votre vision du quartier nous intéresse !

Les autres modalités

Il existe d'autres modalités d'aller-vers, parfois utilisées à Massajobs. Nous invitons le lecteur à se référer au guide de capitalisation Repérer les invisibles du ministère du Travail (6) pour plus d'indications concrètes sur : l'utilisation d'un tiers-lieu, le repérage lors d'événements culturels, sportifs et festifs, le repérage avec un véhicule spécifique, ou encore l'utilisation des réseaux sociaux.

6. L'accueil dans nos bureaux

🔁 Fidélité

Massajobs propose un accompagnement dans la durée. L'installation sur un territoire se fait sans limite de temps. Dans nos démarches d'aller-vers, nous veillons à être fidèles et réguliers, en répétant nos maraudes et nos visites dans les mêmes lieux.

La disponibilité et le temps de la rencontre

Les bureaux de Massajobs sont ouverts 5 jours sur 5, de 10h à 17h30. Nous invitons les salariés à faire de l'accueil d'une nouvelle personne une priorité. Dans les premiers temps, prendre le temps de se présenter personnellement avant de s'engager dans l'accompagnement. Par exemple, échanger sur la signification de nos prénoms — ces invariants anthropologiques que tous peuvent aborder, et qui disent une partie de ce que nous sommes. Nous invitons les révélateurs de talents à se présenter en premier — pour faire le premier pas et offrir à l'autre un modèle de présentation en miroir.

L'inconditionnalité

Tout le monde peut passer la porte de Massajobs : pour être écouté, exprimer une demande, et être ensuite accompagné ou réorienté.

Parce que nous sommes ancrés et reconnus dans le quartier, il arrive que des demandes ne concernent pas directement notre cœur de métier. Nous prenons alors le temps d'accueillir la personne et de discerner si l'accompagnement de Massajobs peut lui convenir. Nous avons pour principe d'ouvrir toujours notre porte — même si ce n'est peut-être pas la bonne.

Massajobs ne formule pas de critères stricts à l'entrée des personnes qu'elle accompagne.

🌐 L'ouverture des relations

Pour éviter toute posture d'appropriation ou d'exclusivité, une personne doit rencontrer rapidement plusieurs révélateurs de talents ou des partenaires. Les accompagnements se font majoritairement en individuel — dans un bureau ouvert où les échanges peuvent être entendus de tous. Dans certaines situations, un besoin de confidentialité peut être exprimé : les révélateurs peuvent alors proposer un échange dans un espace clos.

📔 Références bibliographiques

1 — Janvier, R. (2020). Aller-vers, pour aller où ? rolandjanvier.org. Lire l'article ↗

2 — Avenel, C. (2021). « L'aller-vers au cœur des mutations du travail social ».

3 — Pépin, C. (2018). La confiance en soi, une philosophie. Allary.

4 — Clavé-Mercier, A. (2023). Réinventer la relation d'aide. Revue Projet, 397(6), 47-49. doi.org/10.3917/pro.397.0047 ↗

5 — Des Lauriers, T. (2023). Charité à mains nues. Artège.

6 — Ministère du Travail (2022). Repérer les « invisibles » — Guide de capitalisation n°1. Télécharger le guide ↗

7 — Conseil d'État (2023). Le dernier kilomètre de l'action publique. Lire le rapport ↗

8 — Le Bossé, Y. (2016). Soutenir sans prescrire : aperçu synoptique de l'approche centrée sur le développement du pouvoir d'agir des personnes et des collectivités (DPA-PC).